un extrait

Zéphira. Les pieds dans la Poussière, Editions Lansman

Elle a mis tous ses colliers, ses bracelets, ses bagues, elle a mis sa robe la plus chère, elle a réuni tout le village sur la place, avec aussi les chiens et les chèvres, elle est montée sur une chaise, elle n’a pas souri, elle a dit : "Adieu patriarche, mère silencieuse, fêtes du pagne et du manioc, Dieu-de-ma-mère, Adieu ! Pas de charge sur mes épaules, ne comptez pas sur moi pour porter les vieux ballots de vos vieilles rancœurs. Ne comptez pas sur moi pour mener vos vieilles guerres. Pour garder vos vieilles chèvres. Pour mentir vos vieux mensonges. Ma patrie sera là où seront posés mes pieds."...

"Ton héritage a payé le voyage" a dit son père "pour le reste, tu n’as qu’à prier" Le reste c’est elle. Les prières ne sont que des courants d’air dans la bouche. Le vent du nord la porte, elle dit : "Adieu !"